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Toponymie Trois-Rivières
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Maurice-Bellemare, rue
Toponyme :
Actuel
Secteur :
Cap-de-la-Madeleine
Thème
Maires et députés de Trois-Rivières
Localisation
District de la Madeleine.
 
Voie reliant les rues Paré et Tellier, croisant les rues Sainte-Marie et Saint-Léon.
 
Voie parallèle aux rues Chenevert, Montplaisir, Latreille.
Historique
Voie ouverte vers 1969.
 
Nom antérieur: « rue Bellemare » (avant l'harmonisation des odonymes de la nouvelle ville de Trois-Rivières, le 20 septembre 2004).
Nom actuel
Pour honorer la mémoire de Maurice Bellemare (1912-1989), député de Champlain à l'Assemblée législative du Québec (1944-1970) sous la bannière de l'Union nationale, whip en chef du gouvernement (1953-1959), ministre sans portefeuille (1959-1960), leader parlementaire du Gouvernement (1966-1970), ministre de l'Industrie et du Commerce (1966-1967), ministre du Travail (1967-1968), puis ministre du Travail et de la Main-d'œuvre (1968-1970), président de la Commission des accidents du travail du Québec (1970), député de Johnson en 1974, chef intérimaire de l’Union nationale de 1974 à 1976, leader parlementaire de l’Union nationale à partir de 1976 jusqu'à sa retraite en 1979. S'il est vrai que le style, c'est l'homme, c'est sans doute à ce niveau qu'il faut d'abord apprécier la contribution de Maurice Bellemare à la vie politique du Québec. Ce politicien coloré à la verve truculente, que la presse avait baptisé le « vieux lion » à cause de sa longévité politique, a en effet laissé à la postérité peu de réalisations grandioses si ce n'est une façon bien particulière de faire de la politique. Il faut dire que Maurice Bellemare dut ronger son frein durant plus de 22 ans avant de pouvoir diriger un ministère. Sous Maurice Duplessis, n'entrait pas qui voulait au Conseil des ministres. Né à Grand-Mère le 8 juin 1912, deuxième enfant d'une famille de 14, et élu pour la première fois à l'Assemblée législative le 8 août 1944, à l'âge de 32 ans, ce grognard d'origine ouvrière ne prit du galon qu'en 1953 quand son « maître », Maurice Duplessis, le nomma whip en chef de l'Union nationale. Il dut toutefois attendre la mort du « chef » pour commencer à goûter vraiment, ne serait-ce que quelques mois, aux délices du saint des saints, Paul Sauvé le faisant entrer dans son cabinet, le 11 septembre 1959, mais comme ministre sans portefeuille. La mort subite de Sauvé, trois mois et demi plus tard, et l'élection du libéral Jean Lesage, le 22 juin 1960, bloqua durant six ans l'ascension politique de cet autodidacte qui, avant de se lancer en politique, comme député de Champlain, avait été mesureur de bois pour la Consolidated Paper, commis voyageur de la maison Mozart à Trois-Rivières, et serre-frein pour la compagnie de chemin de fer Canadien Pacifique. Après le retour des unionistes au pouvoir, le 5 juin 1966, Daniel Johnson lui confia ses premiers grands défis en le désignant à la tête de deux ministères: Travail et Industrie et Commerce. Sous le premier ministre Jean-Jacques Bertrand, qui succéda en octobre 1968 à Daniel Johnson (décédé prématurément le 26 septembre précédent), Maurice Bellemare conserva le Travail mais échangea le ministère de l'Industrie et du Commerce contre celui de la Main-d'œuvre. Si nous devons à ce politicien travailleur d'importantes améliorations au Code du travail québécois adopté en 1964, une loi levant l'interdiction qui pesait encore sur le travail de nuit des femmes en usine et la loi du Conseil consultatif du travail, c'est surtout à cause de ses méthodes peu orthodoxes de régler les conflits syndicaux que nous nous souvenons de lui. « Moi, j'aime la guerre, je la cherche et je la veux... », clamait-il, à l'été 1966, aussitôt ministre du Travail dans un Québec aux prises avec une série de conflits ouvriers. Pour régler la longue grève des tisserands, ce ministre bourru et direct enferma dans une pièce Marcel Pépin, président de la CSN, et le président-directeur général de la Dominion Textile, en les avertissant: «Vous sortirez d'ici quand ça sera réglé!» Et ce le fut, après quelques heures de négociations à deux. Parfois roublard - on disait de lui qu'il était rusé comme un renard et intelligent comme un singe - parfois tendre, Maurice Bellemare se fit également remarquer par sa maîtrise de la procédure parlementaire et son sens redoutable de la répartie. Durant les années dans l’Opposition, entre 1960 et 1966, il constituait à lui seul la moitié de la force de frappe des unionistes devant « l'équipe du tonnerre » du gouvernement libéral de Jean Lesage. Bluffeur né, il neutralisa un jour les attaques de l'Opposition contre l'un de ses projets de loi en faisant surchauffer les radiateurs de l'Assemblée nationale. Comme on était en juin, les députés en transpiration perdirent rapidement le goût des longues péroraisons ... Pour se sortir du guêpier, Maurice Bellemare n'hésitait pas non plus à inventer des maladies à sa femme, Marie-Blanche Martel, épousée le 28 mai 1939, ou encore à simuler lui-même la maladie, de telle sorte que ses collègues disaient de lui qu'il était le seul politicien toujours vivant à avoir vaincu trois cancers. Mais il eut peut-être manqué à ce politicien d'un autre âge d'avoir étudié pour être classé au rang des grands du panthéon politique québécois. C'était d'ailleurs le drame de sa vie d'avoir été contraint de quitter l'école pour gagner sa vie. Il aimait dire qu'il aurait pu devenir premier ministre s'il avait été avocat et il n'hésitait pas, pour désarmer l'adversaire, à jouer la carte de la pitié. «On sait bien, le premier ministre a eu la chance de faire des études. J'aurais voulu moi aussi mais mes parents n'avaient pas d'argent », lança-t-il un jour en pleine Assemblée après que Jean Lesage l'eût traité d'acabit. Le 12 mars 1970, le jour même où son chef Jean-Jacques Bertrand déclenchait l’élection du 29 avril, sentant venir la débâcle à la suite de l'adoption par le gouvernement de la Loi 63 (législation controversée sur la langue d'enseignement qui allait provoquer le transfert massif du vote nationaliste en faveur du nouveau Parti québécois), le « vieux lion » Bellemare se retira dans sa tanière de Saint-Jean-des-Piles, en Mauricie. Il ne réapparut qu'en 1974, à l'âge de 62 ans, pour prendre brièvement la direction d'une Union nationale en voie de se marginaliser. Ni sa ténacité ni sa popularité ne parvinrent à faire prendre la mer à la galère trouée qu'était devenu le Parti fondé, en 1935, par Maurice Duplessis. À l'automne 1975, il céda la barre à Rodrigue Biron se satisfaisant, jusqu'au 19 décembre 1979 (date de sa démission ultime après 30 ans de vie politique) de son siège de Johnson conquis à l'élection partielle du 28 août 1974. Ce duplessiste d'une autre époque, qui avait répété toute sa vie que « l'Enfer est rouge et le Ciel est bleu », ne sortit de sa retraite politique qu'à l’élection de 1985 pour commettre une véritable hérésie en accordant publiquement son appui à un « rouge »: Robert Bourassa, qui l'avait nommé président de la Commission des accidents du travail en 1970 et qui allait arracher le divin pouvoir au «péquiou» (P.Q.), comme avait l'habitude de dire le pittoresque Maurice Bellemare. Il mourut du diabète le 15 juin 1989, à l'âge de 77 ans.
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